Salut les Rêveur !

Le titre de l’article parle de lui même, aujourd’hui je vous propose un petit extrait de la troisième histoire qui composera le premier tome du Cycle des Ténèbres.

Le rêveur brisé fera un focus sur l’un des nombreux peuples qui occupe les Terres Sauvages, les Svens. Au programme, chamanisme, onirisme, sauvagerie, bêtes féroces, solitude et désespoir.

Je vous laisse avec un petit bout du premier chapitre, a bientôt et bonne lecture. 😉

 

Chapitre 1 : La tribu

Comme chaque matin, quand les premières lueurs de l’aube caressaient le sommet rocailleux de la colline, Tiarga sortait de sa grotte pour contempler l’éveil du monde. Elle s’assaillait là, les pieds dans le vide, les fesses aux frais, et observait ce que la nature capricieuse des Terres Sauvages avait à offrir. La danse des nuages, le chant des oiseaux, la course du vent entre la cime des résineux, les derniers cris des créatures nocturnes regagnant leur terrier. Rien ne lui échappait, elle se régalait de tout, interprétait les moindres signes. Cette journée s’annonçait sous de bons auspices. En contrebas, du flanc de la colline, les autres membres de la tribu sortaient peu à peu de leurs habitations troglodytes, serpentant le long de l’unique chemin jusqu’à la vaste clairière. Elle épiait chaque femme, homme et enfant comme le berger s’assurant du bienêtre de son troupeau. Ils semblaient tous en paix, simplement vêtue de pagnes, de sarongs, de chausses, en peaux, en fourrures, en fibres végétales, le plus souvent le torse nu ou les seins à l’air. Une porte pourtant resta close, un petit battant de bois rongé par les éléments, qui ne bougeait presque jamais. La jeune femme patienta, espérant le moindre mouvement. En vain. Tous se préparèrent pour partager le premier repas du jour, Tiarga alla s’habiller pour les rejoindre. Elle enfila une jupe fendue en quatre pans de pelage blanc, cacha sa poitrine bombée sous un bandeau du même pelage immaculé. Se para de bijoux sculptés en bois, en os, et de bracelets métalliques, faits de deux anneaux croisés, aux poignets et aux chevilles. Elle ramena ses épaisses tresses emmêlées en un seul bouquet châtain et se coiffa d’un gros crâne de loup, orné de plumes multicolores. Elle aligna les orbites avec ses grands yeux noirs, bougea un peu pour s’assurer du bon maintien de sa parure. Le contraste avec sa peau marquée par le soleil soulignait davantage son corps sculpté par l’effort quotidien. Fin prête, elle jeta un dernier regard désespéré vers la porte immobile avant de descendre. Sans résultats.

Arrivé à mi-chemin, un groupe d’une dizaine d’enfants se jeta sur elle, braillant dans tous les sens.

– C’est Tiarga ! C’est la Shagsana ! Tu vas danser aujourd’hui ? Dis, tu vas danser ? Et après tu nous fais la classe hein ? Avec des histoires et tout …

Elle souleva le plus petit et la jeta sur ses larges épaules, en prit un autre dans les bras, et plaça gentiment un croche-patte au plus turbulent.

– Oui mes petits guerriers, je vais danser pour nos chasseurs, mais pas de classe, j’ai à faire aujourd’hui, je dois aller voir Kjarkhan et m’entretenir avec notre chef. Dit-elle, la voix éraillée et le ton bienveillant.

– Nous aussi on veut voir Kjarkhan !

-Si vous êtes sages ! Aller dépêchez-vous, aidez les autres avant que je fasse de vous mon repas !

Ils se ruèrent jusqu’à la clairière, poursuivis par la Shagsana, l’esprit indomptable.

Au pied de la colline c’était l’effervescence, plus de deux cents personnes s’affairaient autour d’une immense table en bois, suffisamment grande pour que chacun puisse s’y assoir. En son centre creusé se trouvait un feu de joie éteint. Ils y déposaient toutes sortes de mets sur des plateaux d’osiers, dans des assiettes en terre cuite, remplies à ras bords. Un véritable festin, diverses viandes, crues, cuites, séchées, fumées, du pain, des fruits, du miel, des jarres débordantes d’eau fraiche et de jus tout juste pressé, de quoi combler toutes les attentes. Tous, sans exception, saluèrent Tiarga à son arrivée, ils adoraient leur Shagsana, la dernière chamane de la tribu Svens. Elle prit le temps de voir tous les membres de cette grande famille. Plus loin, légèrement en hauteur, sur une excroissance rocheuse, le chef du clan prit place sur son trône de pierre, signe que le repas pouvait débuter. Tiarga s’assit avec le groupe de chasse du jour. Elle mangea léger, puis pris dans le pli de sa jupe un calumet qu’elle bourra d’une herbe bleutée aux senteurs poivrées. Les chasseurs, la voyant faire, se turent immédiatement. Le silence devint contagieux, il s’imposa. Après quelques bouffés, les pupilles complètement dilatées, elle se leva. Tous hurlèrent.

– Place à Shagsana ! Place à la louve !

La tribu scandait son nom, et lorsqu’elle bondit sur la table, les tambours en peau se mirent à rouler. Elle s’approcha lentement du centre de la table, frappant ses bracelets à l’exacte mesure des percussions. Ils résonnaient d’un éclat cristallin. Au sixième choc, le feu de joie s’embrasa subitement. Elle se tétanisa, commença à trembler de tout son être, faisant tinter ses fétiches d’os et de bois comme un carillon. Les sons lui semblaient de plus en plus lointains, et en même temps ils l’envahissaient complètement. Peu à peu son esprit se détacha de son être, la transe était proche. Et lorsqu’enfin elle abandonna son corps, il se mit à danser, au-delà de ce qu’il pouvait endurer. Une chorégraphie sauvage, violente, puissante, multipliant les tours de force. Il devint de plus en plus dur de distinguer l’humaine de l’animal. Mais Tiarga n’en savait rien, elle n’était plus vraiment là, nulle part et partout à la fois. Dans les yeux d’un corbeau, dans une meute de loups, dans la tanière d’un ours, et finalement dans le Voile. Dans le tumulte anarchique de l’entre-monde, elle cherchait le Seigneur des prédateurs, le Maitre de la chasse sauvage, le grand Shagsa’Skar, la divinité louée depuis toujours par les Svens. Voilà un moment qu’il ne répondait plus aux danses de la chamane, ses visions étaient floues, incompréhensibles, depuis ce grand tremblement qu’elle avait perçu très loin, de l’autre côté Voile. Il était perturbé, elle le sentait. Quelque chose se répandait, une ombre terrifiante planait au-dessus de tous les mondes, physiques comme immatériels, et la situation empirait de jour en jour. Où qu’elle aille, son esprit voyait cette infâme corruption ternir l’horizon. Tiarga ne souhaita pas aller plus loin, elle en avait assez vu, mais au moment de regagner son corps, elle se retrouva perdue dans le néant. Une force lui ceintura son âme, l’oppressa, empêcha tout mouvement. Un flot de souffrance, de haine la perfora, et dans le monde physique la Shagsana ne bougeait plus, toute la tribu retenait son souffle, les tambours se turent. Elle lutta pour s’arracher à la sombre étreinte, lorsque soudain, des yeux mystérieux brillèrent d’un rouge sang intense. Un écho macabre lui parla …

 

Publicités

Chaos créatif sans limites auteur des Chroniques de Pangréa. Passionné de l'imaginaire sous toutes ses formes, vétéran du joystick et nerd à temps pleins, j'ai choisi l'écriture comme moyen d'expression.

One Comment on “Extrait : Le rêveur brisé

  1. Pingback: Extrait : Les Lames du Soleil | Chroniques de Pangréa

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :