Image à la une : Spider Queen, par Michal Wozniak

 

Je doute qu’une mortelle puisse m’égaler dans quelconque domaine, mais si tel est le cas, alors elle mérite une récompense …

Shylenne, La Mère des Dieux

 

Salut les Rêveurs !

C’est avec plaisir que je vous présente un projet qui tourne à l’obsession en ce moment dans mon esprit torturé, Arachné, fileuse du Destin.

En parallèle des Chroniques de Pangréa et de ses trois Cycles (Ténèbres, Lumière, et Chaos), et parce que c’est un monde tellement vaste que je ne peux pas tout développer dans les romans, je voudrais l’enrichir, encore et toujours, avec une série de nouvelles qui s’appellera Les Légendes de Pangréa. Entre dix et vingt pages maximum, chacune s’attardera sur un événement ou un personnage, et elles auront surtout pour but de compléter et de détailler le grand panthéon de divinité régissant Pangréa.

Je suis féru de mythologie grecque, et de la façon qu’ils avaient de voir le destin, la fatalité et la tragédie. Et parmi ces tragédies mêlant mortels et êtres supérieurs, il est une histoire qui m’a énormément inspirée, celle d’Arachné la tisseuse de Lydie.

Vous ne connaissez pas la légende ? Je vous fait un résumé rapide alors :

Arachné était une jeune femme originaire de Lydie, excellant dans l’art du tissage. Tellement réputée qu’elle attira l’attention de la déesse Athéna. Cette dernière rendit visite à la jeune femme en arborant une forme humaine et observa son travail. Arachné, ne reconnaissant pas la déesse, se vanta d’être la meilleure tisseuse du monde, meilleure que les Dieux, meilleure qu’Athéna. Petite impudente ! La déesse révéla sa vraie nature et défia Arachné dans un concours de tissage.

markus-stadlober The weaving conteste

The weaving contest, par Marcus Stadolber

Les deux femmes étaient à égalité. Mais Athéna, jalouse, furieuse, et folle de rage qu’une simple humaine puisse l’égaler, déchira la toile d’Arachné et la frappa en public. La jeune femme ne se supporta pas l’affront et l’humiliation d’un tel geste, elle décida de se pendre. Prise de remords ou d’une cruelle ironie, Athéna offrit une seconde vie à Arachné en la changeant en araignée, pour qu’elle tisse sa toile pour l’éternité.

alexandria-huntington-The curse of Arachne

Athena and Arachne, par Alexandria Hungtington

 

Ce mythe grecque m’a tellement plu, que j’ai décidé moi aussi d’offrir a Arachné une autre existence, dans l’univers de Pangréa cette fois-ci. Tout aussi tragique, peut être même plus, en y ajoutant une pointe de drame avec une histoire d’amour aussi idyllique que destructrice. C’est tout nouveau pour moi d’inclure une romance dans un texte, et j’ai voulu m’essayer à un nouveau style alors j’espère que ce ne sera pas un fiasco.

Je vous laisse avec un petit extrait du début de la nouvelle :

 

La tisseuse de Siguila

 

En des Cycles reculés, bien avant que Rhéa ne sépare la Pangée et que l’Homme soit souverain, il fut un temps où les Dieux marchaient parmi les vivants. Une ère glorieuse où nul rêve n’était impossible, les miracles foisonnaient aux grès des oraisons. Mais pour chaque miracle accompli, une contrepartie devait l’équilibrer. C’est ce qu’apprendrait bientôt la tendre et douce Arachné. Pour l’instant, elle travaillait dans son modeste atelier de Siguila, petit village côtier de la partie occidentale du monde.

 Les bâtisses et masures en pierre recouvertes de chaux blanches grimpaient le long d’un entonnoir formé par deux lignes de crêtes rocheuses, clairsemées de grands résineux. Au sommet de la colline aplatie se trouvait les riches pavillons de marbre, d’or et d’argent des dirigeants de Siguila ; tandis qu’en bas, là où la grande butte jetait ses pieds dans l’océan vivait les gens du peuple et du labeur, entre les quais et les allées marchandes un peu plus haut. C’était près des quais qu’Arachné avait installé son petit atelier. Bâtarde abandonnée d’une grande famille de tisserands, la jeune femme ne connaissait que peu de chose du monde et de la vie. Son seul savoir était son travail, qui au fil du temps se mua en obsession. Son art et sa technique étaient réputés à Siguila et dans toute la province du Lydiem, certains marchands voyageaient des jours durant pour acquérir les étoffes et les broderies d’Arachné. Du lever jusqu’au coucher du soleil et même au-delà, sans relâche et sans complainte, elle travaillait sur un métier à tisser archaïque, s’obligeant à honorer toutes les commandes qui affluaient.

La politique, la religion, les dieux, la guerre, la philosophie et le pouvoir ne lui parlaient absolument pas, elle préférait ne pas se torturer l’esprit avec des pensées obscures et abstraites. Elle laissait cela à d’autres fous. Il n’y avait que l’amour pour la sortir de son labeur.

Ce matin, semblable à beaucoup d’autres, Arachné remontait les étroites ruelles pavées, encadrées par les allées ininterrompues de murs blanchis. Les bras chargés d’un grand rouleau de tapisserie soigneusement enveloppé, elle s’efforçait de ne pas faiblir devant l’interminable ascension en gardant une cadence soutenu. Ses longs cheveux bruns ondulaient délicatement, lui balayant le creux des reins à chaque pas. Le soleil tapait lourdement pour une matinée, et la réverbération sur les murs opaques concentrait toute la chaleur dans les rues. Malgré une tunique sans manche grossièrement coupée au-dessous des genoux et des sandales en cuirs, la pauvre Arachné dut faire une halte dans un coin d’ombre, prise de léger vertige qu’elle ne parvenait plus à ignorer. Elle s’adossa un instant, posa ses grands yeux d’ambres sur l’immensité de l’océan en contrebas. Le temps s’arrêta dans son esprit lorsqu’elle contempla la beauté miroitante des eaux calmes s’étalant jusqu’au bout du monde. Une voix la tira de ses rêveries.

 — Ah bon sang te voilà, je me doutais bien que tu serais en pleine livraison.

 — Oh Calliste mon amour !

Elle se rua vers lui, en oublia son rouleau de tapisserie, et l’étreignit du plus fort possible. Le beau Calliste à la peau de cuivre et au torse nu, l’enserra tendrement.

 — J’ai cavalé dans toutes les ruelles pour te trouver ma belle Arachné, ton paquet est arrivé, je suis allé le débarquer au petit matin, j’en ai pris grand soin comme tu le voulais.

 — N’as-tu donc aucun défaut ? S’amusa la jeune femme.

Elle le dévisageait avec une passion débordante, ne se lassait pas de l’admirer sous tous les angles, de caresser ce corps svelte et alerte aux muscles noueux. Le jeune homme avait le profil d’une sculpture d’airain coiffée de boucle noire, et lorsqu’elle plongeait dans ces yeux d’émeraude, la réalité s’estompait. Tous deux avaient grandi comme gamins des rues, et compensaient leur manque d’éducation par une grande débrouillardise et une intelligence acquise par la survie. Ils ne s’étaient jamais quittés depuis, leur amour brulait d’une innocence intemporelle, toujours plus intense.

 — Viens, allons livrer ta tapisserie et nous irons à ton atelier après. Dit-il en l’entrainant par la main.

Il se chargea du rouleau et ensemble, arpentèrent la ruelle abrupte et étouffante en toute insouciance. Prés du sommet, ils quittèrent la ruelle pavée au profit d’un chemin de terre ombragé, bordé de pins, avant d’arriver devant un imposant portail aux barreaux d’argent. Deux hommes d’armes y montaient la garde, lance et bouclier en main. Ils s’avancèrent, cliquetant dans leur cuirasse et leur jupe de plaque d’acier, l’un d’eux beugla …

 

Si vous avez aimé, promis je reviens vite avec un autre extrait du destin tragique d’Arachné et Calliste. Je vous dis à bientôt et d’ici là, bonne lecture. 😉

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Chaos créatif sans limites auteur des Chroniques de Pangréa. Passionné de l'imaginaire sous toutes ses formes, vétéran du joystick et nerd à temps pleins, j'ai choisi l'écriture comme moyen d'expression.

8 Comment on “Arachné, fileuse du Destin

  1. Pingback: Cthulhu, Les Créatures du Mythe | Chroniques de Pangréa

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