Si vous croyez en la fatalité à votre détriment, croyez en elle aussi à votre profit.
Ralph Waldo Emerson

 

Arachné, Fileuse du Destin : Part I

Arachné, Fileuse du Destin : Part II

 

 

 

Les Légendes de Pangréa: Arachné, Fileuse du Destin

Par Bazhell Reed

 

 

La toile sans fin

 

 

Après le tragique incident, une terrible rumeur ne tarda pas à se répandre, les Dieux avaient abandonnés Siguila. L’affront d’Arachné avait fait de ce havre de paix un lieu maudit. Dès le lendemain, les riches témoins survivants du concours s’enfuirent en toute hâte, emportant leurs trésors et abandonnant leurs pavillons luxueux. La petite cité côtière se changea en port fantôme hanté par les plus pauvres et les plus démunis, restés piégés dans leurs routines tels des pantins. Plus personne ne revit la célèbre tisseuse de Siguila depuis, elle resta enfermée dans son atelier, la vieille grange couverte de toiles d’araignées au fond de l’impasse. Elle passait ses journées à tisser ses souvenirs, se refusait à la mort de Calliste en lui donnant vie encore et encore dans ses œuvres colorées, plus réalistes les unes que les autres. L’absence de soleil avait blanchi sa peau, ses doigts saignaient en permanence, la faim lui creusait les côtes et la fatigue la faisait halluciner. Une lente descente dans la déchéance de la folie précédent l’inéluctable, elle qui savait se contenter de si peu, qui ne savait qu’aimer. Et dans un coin obscur, une femme aux yeux bandés épiais la longue agonie d’Arachné, prise au piège dans sa propre toile.

Perdue dans les nuages, du haut de son trône céleste, Shylenne se délectait des louanges de ses fidèles. Elle rayonnait pleinement sous sa vraie forme, auréolée d’éclair, nimbée d’une robe de feu astral, sa grandeur n’avait d’égale que sa puissance. Un timbre froid et cassant tira la Mère de sa transe.
— Elle va mourir.
— Oh, Némésis, ma fille, ravie de te voir moi aussi, qui donc en particulier va mourir ?
— A proprement dire je ne suis pas ta fille, mais celle de Nyx, et je te parle de la tisseuse, la pauvre Arachné.
Une déesse au visage partiellement masqué s’avança, les yeux et le front couverts par une imposante tiare d’argent ciselé en forme de bandeau. De longs cheveux de charbon incandescent dansaient dans son dos comme une ombre brulante, chacun de ses pas laissait une trace enflammée. Shylenne s’amusa d’entendre le nom d’Arachné et reprit.
— Tu es venue des limbes uniquement pour elle ? En quoi cela te regarde ? Je suis miséricordieuse mais parfois, un rappel à l’ordre et nécessaire.
— Je suis venue te dire que j’avais rectifié ton erreur, et pour te mettre en garde Mère des Dieux, n’oublies jamais que toi aussi tu répondras un jour de tes actes, toi aussi tu es observée. Tu as fait preuve d’orgueil et de cruauté en tourmentant cette pauvre fille de la sorte sans contrepartie. Une vie pour une mort, un miracle pour une tragédie, ton arrogance te ferait-elle oublier l’Équilibre ?
— Comment oses-tu me menacer ? Tu n’en a ni l’autorité ni la capacité. S’offensa Shylenne.
L’apparition vengeresse de Némésis déploya sa chevelure de braise comme un avertissement, dévoilant une peau de cendre. Elle pointa la Mère d’un doigt infernal et lança un dernier avertissement en grondant comme le cœur d’un volcan.
« JE suis Némésis ! La justice distributive qui rythme le Destin, l’indignation devant les avantages injustes, je suis la juste vengeance qui maintient l’Équilibre et mon châtiment n’est pas réservé uniquement aux mortels ! N’oublie jamais quelle est ta place Shylenne car nous n’oublions pas la nôtre. Que la leçon d’Arachné te serve à toi aussi, il se pourrait bien qu’un jour elle se rit de toi en tissant ta propre fin. »
Elle disparue subitement dans une colonne de magma et laissa la Mère des Dieux ente colère et réflexion. Ses remords et états d’âmes ne durèrent pas longtemps, après tout, que pouvait-elle craindre, elle, la fille de la Création, la Reine des Reines.

Le jour de sa mort, Arachné reçut une étrange visite. A bout de force, agonisante, et étendue à même un sol poussiéreux, elle attendait simplement sa fin. Dans quelques minutes son corps abandonnerait définitivement, son calvaire et sa folie seraient enfin terminés. Et tandis qu’elle murmurait en boucle le nom de son unique Amour dans ses derniers instants de démence, une silhouette brûlante lui apparut. Elle crut voir l’ange de la Mort venu l’emporter de l’autre côté. Un vrombissement ardent lui répondit.
« Non gentille Arachné, tu ne mourras pas, ni aujourd’hui, ni demain. Tu seras la seule à savoir réellement ce qu’il adviendra, j’ai un rôle sur mesure pour toi, une contrepartie pour l’horreur dont tu as été injustement victime. Je ne peux rien pour apaiser ta peine, mais crois-moi, la toile que tu tisseras sera sans pareille, le plus grand de tous les chefs-d’œuvre. »
La fidèle araignée de la tisseuse sortit de sous les cheveux de sa maitresse moribonde, et agita ses grandes pattes en l’air. Plusieurs autres arachnides répondirent à l’appel, rapidement plus d’une centaine se massèrent autour de la mourante et avec soin, commencèrent à l’envelopper dans un cocon de soie.
Après six pleines lunes, Siguila n’était plus qu’une ombre, des ruines où régnaient la pauvreté et la loi du plus fort. Le meurtre, le viol et la rapine rythmaient le quotidien des rares fous qui y vivaient encore. Ce jour-là, une femme enceinte allait être soumise à la dure loi des malfrats. Elle courrait pour sa vie dans les ruelles souillées par le vice, poursuivie par trois truands. Dans la panique elle s’égara et se retrouva en face de la grange couverte de toiles d’araignées, au fond de l’impasse. Terrifiée, elle s’y réfugia sans réfléchir, mais ses agresseurs finirent par la rattraper et la piégèrent à l’intérieur. Elle hurlait, suppliait pour garder son honneur, sa vie et celle de son enfant. Personne ne l’entendit ; elle rampa le plus loin possible jusqu’à rencontrer un mur, alors elle sut que c’était la fin, et se recroquevilla en protégeant son ventre. Dans la lueur de la porte entrouverte, les trois persécuteurs avançaient inexorablement vers leur proie, un sourire pervers leur tordait le visage. Ils se figèrent soudainement. Totalement tétanisés devant leur victime, quittant tous rictus pour une peur innommable, l’un d’eux en lâcha son couteau. Dans la pénombre, descendant lentement du mur poussiéreux, quatre immenses pattes de chitines noires et lisses se piquèrent en silence autour de la malheureuse femme enceinte, formant un rempart entre elle et les harceleurs sans vergogne. Derrière eux, une nuée d’araignées tissa une toile sur la porte, bloquant l’unique sortie de la grange. Une voix fragile, pleine de tristesse s’éleva des ombres, depuis le sommet des pattes.
« Je savais que vous viendrez … Vous êtes répugnants … Pourquoi vouloir lui faire du mal ? Ne pouvez-vous pas faire preuve de compassion ? Mon Calliste ne se serait jamais comporté de la sorte, lui c’était un homme bon, avec un grand cœur … Et la Déesse l’a brûlé vif … Alors vous … vous qui n’êtes même pas des hommes … Imaginez un peu … Ce que je m’apprête à vous faire subir ! »
La malheureuse à terre hurla de terreur quand huit gigantesques pattes se ruèrent férocement vers les trois porcs qui méritaient plus que leur sort. Un céphalothorax titanesque lui effleura les cheveux et c’est alors qu’elle aperçut sa sauveuse passer à l’acte. Une arachnide démesurée, perchée sur des membres de deux mètres, en train de déchiqueter ce qu’il restait des trois pervers, avec un acharnement brutal et sanglant, plantant frénétiquement ses pattes dans les dépouilles. Une fois sa colère apaisée, les araignées communes vinrent empaqueter soigneusement les restes avant de s’éclipser sans bruit. La grande créature se retourna vers la malheureuse qui manqua de s’évanouir en voyant le visage de sa protectrice. A la place de la tête de la bête émergeait un buste pâle et délicat, une poitrine partiellement couverte par de long cheveux brun. Ses grand yeux d’ambres dégageaient une profonde tristesse, une solitude ancrée sur son visage fin.
— Je … Je te connais ! Bafouilla la femme enceinte.
La chimère arachnéenne s’approcha lentement et déposa une magnifique toile colorée, d’une douceur incomparable. Dessus était représentée la mort des trois hommes, et la vie heureuse qu’eut la femme par la suite, elle attendait un garçon d’après la fresque.
— Mais comment est-ce possible ? Tu ne peux pas être …
— Si tu fais ce que te dicte ma toile, tu seras heureuse crois-moi … N’aie pas peur s’il te plait, ne t’en va pas … C’est moi … Arachné.

Ainsi naquit le Culte de la Fileuse du Destin

 

 

 

 

 

 

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Chaos créatif sans limites auteur des Chroniques de Pangréa. Passionné de l'imaginaire sous toutes ses formes, vétéran du joystick et nerd à temps pleins, j'ai choisi l'écriture comme moyen d'expression.

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