Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens !

Arnaud Amaury – pendant le siège de Béziers, première Croisade des Albigeois – 1209

 

Salut les Rêveurs !

Replongeons dans les temps sombres de notre histoire, aujourd’hui j’aimerais vous parler d’une institution religieuse dont la simple évocation est synonyme de souffrance, de torture et de bûcher. Un nom qui à lui seul symbolise toutes les atrocités perpétrées au nom de Dieu. Je veux bien sûr parler de la terrible Inquisition. Rumeurs, légendes, et croyances, mais qui étaient ces mystérieux traqueurs d’hérétiques ? Les répurgateurs sans vergognes responsables du génocide de l’Église cathare et de la chute des Templiers, prêts à user de tous les moyens possibles pour débusquer le Mal et obtenir des aveux. Alors essayons de comprendre d’où vient la Légende noire de l’Inquisition.

 

De l’ordalie aux Tribunaux

Avant l’arrivée d’un quelconque système judiciaire officiel et codifié, c’était le Jugement de Dieu qui prévalait, ou autrement dit, l’ordalie. Un système très simple qui consistait à soumettre l’accusé à une épreuve potentiellement mortelle et laisser le destin décider de son sort. Si l’accusé surmontait l’épreuve, alors il était innocent aux yeux de Dieu, s’il se blessait ou mourrait, alors il était coupable. L’ordalie la plus connue est l’ordalie par l’eau froide, souvent appliquée aux prétendues sorcières. L’accusé était plongé dans de l’eau froide bénite (lac, rivière, ruisseau), s’il coulait, il était reçu par l’eau bénite et donc innocent, s’il flottait sa culpabilité était avéré et direction le bûcher.

L’ordalie au fer rouge, qui consistait à bruler la main de l’accusé avec un fer brulant, la main était ensuite enfermée dans un sac scellé et les juges venaient constater l’état de la plaie trois jours après. Si la plaie était jugée saine alors il était innocent, si la plaie était vilaine … Pas de chance, au bûcher ! Cette pratique donnera d’ailleurs l’expression Mettre sa main au feu, signifiant une absolue certitude.

Une autre ordalie très célèbre, qui est à l’origine de l’expression Rester en travers de la gorge, celle du fromage et du pain. L’accusé était gavé de pain et de fromage, si par malheur il n’arrivait pas à avaler ou s’étouffer, la sentence était irrévocable : le bûcher !

L’ordalie bilatérale pouvait s’appliquer quand deux parties étaient opposées, la plus connue étant le duel judiciaire, que l’on pourrait résumer par « Si je te tue alors j’ai raison, Dieu est de mon coté ». Notre bon vieux Charlemagne avait instauré l’ordalie sur la croix pour remplacer les duels. Les opposants étaient ligotés a un poteau et devaient garder les bras tendus à l’horizontal, celui qui baissait les bras en premier avait perdu. D’où l’expression Baisser les bras.

C’est un peu idiot ce que je vais écrire, mais le fait qu’autant d’expressions connues soient issues des ordalies, prouve à quel point, ce mode de jugement a marqué l’inconscient collectif.

Le plus ironique dans l’affaire, c’est que l’ordalie n’était pas nécessairement employée par les autorités religieuses et c’est l’Église catholique qui en interdira la pratique (Concile de Valence en 855, et Concile de Latran en 1215). A la place, l’église créera un tribunal spécialisé au 13e siècle avec pour seul et unique but de traquer et débusquer l’hérésie, la fausse pensée. Ce tribunal, c’est l’Inquisition. Du latin Inquisitio, enquête, recherche, le but premier des Inquisiteurs et d’empêcher la propagation des faux dogmes et fausses croyances, toutes pensées différentes de la croyance catholique. Sous l’Inquisition médiévale, les peines sont la plupart du temps spirituelles (prières, pénitences) et financières (confiscation de bien, de terre, de propriété). En revanche, la récidive, qui faisait d’un simple hérétique un apostat, était punie de mort. Jusque là, rien de bien choquant pour le Moyen-Âge en comparaison des peines et supplices appliqués dans les tribunaux ordinaires (voir mon autre article : Justice, Supplices et Mises à Mort).

La première bavure de l’Inquisition, si je puis dire, ce sera le massacre perpétré contre l’Église cathare à la forteresse de Montségur.

 

Les bûchers de Montségur

Si vous ne le saviez pas, Montsegur c’est aussi une musique du célèbre groupe de métal Iron Maiden, voilà ça c’est fait.

Alors, le catharisme était un mouvement religieux divergent du dogme catholique et très ancré dans le Midi de la France. Par définition, ils étaient de parfaits hérétiques pour l’Église catholique, puisque le fondement de leur pensée était considéré comme faux. Le mouvement cathare prit une telle ampleur en France et en Europe qu’il devint une menace aux yeux des catholiques et de l’Inquisition, ce fut le début des persécutions à l’encontre des cathares. Persécutions qui se transformeront en véritable croisade de 1209 à 1229, connue sous le nom de Croisade des Albigeois. Un peu plus tard, en 1244, la forteresse de Montségur, en Ariège, subira un siège de 10 mois qui se terminera en exécution de masse.

Après un premier échec en 1241 pour s’emparer de la forteresse de Montségur, l’Église Catholique retentera sa chance en 1244 et fera céder les cathares au bout de dix mois de siège et de combat. La sentence pour les hérétiques cathares encore vivants sera sans appel. L’Inquisition condamnera 200 personnes, hommes, femmes, enfants, à être brulés vifs sur le bûcher. Pour accélérer les exécutions, un grand bûcher sera dressé sous l’un des remparts, et les bourreaux forceront les condamnés à sauter dans les flammes. Un meurtre de masse, pur et simple, sans jugement ni procès, qui participera grandement à nourrir la terrible réputation de l’Inquisition.

 

L’Inquisition et les Templiers.

Odieuse machination que la condamnation des braves et courageux Templiers, eux qui pendant presque deux siècles se sont dévoués corps et âmes pour protéger la terre sainte et les pèlerins. Pris dans une lutte de pouvoir entre le Roi de France, Philippe le Bel et la papauté, les Templiers connaitront une fin tragique.

A la foi un ordre militaire et religieux, l’influence et la renommée des Templiers n’est plus à faire, nombreuses sont les rumeurs et les légendes autour de l’ordre du Temple, comme le mystérieux trésor qu’ils auraient caché en fuyant l’Europe. Immensément riche et fort d’une armée de 15 000 hommes dont 1500 Chevaliers, leur puissance militaire et économique étaient sans pareils, si bien que Philippe le Bel les perçut comme une menace.

Délaissés par la papauté, les Templiers seront arrêtés et emprisonnés. S’en suivra une mascarade menée d’une main de maitre par l’Inquisition pour faire tomber en disgrâce l’ordre du Temple aux yeux de la population. Une fois les accusations prononcées (hérésie, reniement, idolâtrie, sodomie), les Inquisiteurs mèneront les interrogatoires pour obtenir les aveux des Templiers, par n’importe quels moyens possibles. Voila un extrait de l’ordre d’arrestation prononcé par Philippe le Bel le 14 septembre 1307 qui en dit long sur la suite des événements.

[…] ils (les commissaires royaux) appelleront les commissaires de l’Inquisition et examineront la vérité avec soin, par la torture s’il en est besoin. […]

Les Chevaliers du Temples seront soumis au chevalet (table d’écartèlement), à l’estrapade (dislocation des épaules par suspension), et à la brulure de la plante des pieds. Innocent ou coupable, n’importe qui avouerait n’importe quoi pour faire cesser les supplices. Les aveux ainsi obtenus serviront à juger les Templiers et c’est là que la situation devient encore plus tragique. Durant les procès, beaucoup nieront les aveux fait sous la torture, ce qui est normal après tout ! Mais aux yeux de l’Inquisition, se rétracter après avoir avoué est la pire des fautes, car c’est replonger dans l’hérésie, c’est devenir un relaps. Et le seul châtiment valable pour les relaps, c’est le bûcher.

L’ordre des Templiers prendra fin avec la mort sur le bûcher du dernier grand maitre de l’ordre, Jacques de Molay, le 18 mars 1314. Ce dernier aurait lancé une terrible malédiction avant de mourir, qui donnera naissance à la légende des Rois Maudits (mythe ou réalité ? Qui sait …) avec cette célèbre phrase :

Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races !

Et c’est ainsi que le terrible Inquisition médiévale mit fin à un des ordres les plus puissants de l’histoire, en usant de fourberie, d’humiliation, et de torture.

Mais malheureusement, le pire est à venir. Si l’Inquisition médiévale était déjà odieuse et cruelle, elle n’était rien en comparaison de l’Inquisition Espagnole. Bûchers, autodafés, tortures et instruments d’exécutions plus horrible les uns que les autres, ces gars-là n’avaient pas vraiment de limite.

 

L’Inquisition Espagnole

Je vous invite (si le sujet vous intéresse), à regarder les raisons de la naissance de l’Inquisition Espagnole, pour comprendre un peu mieux les mentalités de l’époque et le contexte historique. C’est un très vaste sujet et ce qui m’intéresse ici c’est de savoir si l’Inquisition Espagnole mérite sa terrible réputation. Comme vous allez le voir, certains appareils de torture sont pour le moins … Évocateurs.

Le seul chiffre que je citerais, parce que trouvé sur plusieurs sources, et qui posera les bases de la peur : Fin du 15e siècle, l’Inquisition Espagnole condamne environ 2000 hérétiques au bûcher (ça commence fort).

Outre les grands classiques et notamment le bûcher, la pendaison, et la mutilation des parties génitales, on retrouve également la torture par l’eau ou encore l’application du fer rouge, notamment sous les pieds, et divers instruments comme les chevalets d’étirements, et les étaux pour briser membres et articulations. Mais il y a quelques nouveautés tout de même.

 

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L’araignée Espagnole

L’araignée Espagnole, ce charmant outil était réservé aux femmes. Les griffes en fer, une fois chauffées à blanc, étaient fixées sur les seins. Pour amplifier la torture si nécessaire, les condamnées étaient suspendues, ce qui entrainait d’atroces mutilations allant de l’arrachement de la poitrine à la mort.

 

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Berceau de Judas

Le berceau de Judas, aussi appelé bouc des sorcières. Basé sur le même principe que l’empalement en encore plus affreux, le condamné était suspendu en l’air par des poulies au dessus d’une pyramide en bois, la pointe juste sous le fondement. Le bourreau faisait lentement descendre le condamné sur le pic et l’orifice s’élargissait. Il pouvait à sa guise remonter le malheureux pour le faire retomber dessus. Après des heures de souffrance c’était la mort par empalement ou par infection.

 

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L’âne Espagnol

Toujours au niveau de l’entre-jambe, l’âne Espagnol. Le condamné était assis sur une poutre en V inversé, hérissée de piques, les pieds du condamné ne touchant pas le sol. Des poids étaient attachés à ses pieds, la physique étant ce qu’elle est, le condamné se déchirait doucement en deux à mesure que les poids augmentaient.

 

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Fourchette d’hérétiques

La fourchette d’hérétiques, petit instrument emblématique de part son nom. Cette petite pièce de métal munie de pointes des deux cotés, s’attachait au cou de l’accusé, de sorte que les pointes soient en appui sur le sternum et la gorge. Le condamné était attaché debout, et si part malheur l’envie lui venait de s’endormir, les pointes s’enfonçaient lentement dans la chair. C’était un redoutable instrument de torture alliant la douleur physique à la privation de sommeil. De quoi devenir complétement fou.

 

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La poire d’angoisse

Et enfin, l’incontournable, la fameuse poire d’angoisse, ou poire du pape. Ce charmant outil, en forme de poire, s’ouvrait et s’élargissait en quatre pans à l’aide d’un pas de vis que l’on pouvait bloquer à l’aide d’une clef. Il servait de punition aussi bien aux hommes qu’aux femmes en le plaçant dans l’anus (c’est élégant …) mais pouvait aussi entrainer un éclatement de la mâchoire et la mort en le mettant dans la bouche.

 

En faisant cet article j’ai lu beaucoup de choses contradictoires, pour résumer grossièrement il y a les défenseurs de l’Inquisition qui relativisent quand aux nombres de victimes, et il y a les accusateurs qui en rajoutent. Une chose est sûre, les pratiques et les principes de l’Inquisition étaient inhumains, et elle est responsable de nombreux malheurs à travers l’histoire. En cela, elle mérite largement la Légende noire et la terrible réputation qui lui colle à la peau.

J’espère que cet article vous a plu, je vous retrouve bientôt pour vous parler de l’avancée des Chroniques de Pangréa, à bientôt et d’ici-là, bonne lecture. 😉

 

 

 

 

 

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Chaos créatif sans limites auteur des Chroniques de Pangréa. Passionné de l'imaginaire sous toutes ses formes, vétéran du joystick et nerd à temps pleins, j'ai choisi l'écriture comme moyen d'expression.

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