Il se releva lentement, essuyant machinalement ses mains sur sa cape. Un pli sinistre vint barrer son front déjà grave. Pourtant il ne proféra aucune imprécation sauvage, ne fit aucun serment au nom des saints ou des démons.

— Des hommes mourront pour cela, dit-il froidement.

Solomon Kane – Robert E. Howard

 

Salut les Rêveurs !

Aventurier errant, vagabond à l’allure sinistre, vêtu de noir de la tête au pied, il traque, tue, et détruit le Mal où qu’il soit et sous toutes ses formes. Instrument de Dieu ou puritain fou habité par des forces qui le dépassent, qui est vraiment Solomon Kane ? Assurément l’une des créations les plus originale de Robert E. Howard.

Solomon Kane a vu le jour dans les fameuses pages du magazine Weird Tales en août 1928, signant au passage les débuts plus que prometteurs de Robert E. Howard, c’est grâce à ce personnage qu’il devient une étoile montante de Weird Tales et passe dans « la cour des grands ». Dès le premier récit, Red Shadows, le personnage de Solomon Kane fascine les lecteurs, à tel point que même Lovecraft lui donnera un petit surnom, Two-Gun-Bob. Et le succès littéraire du puritain repose essentiellement sur la complexité de ce dernier.

Nous ne savons que peu de chose sur le passé de Solomon Kane, seulement deux détails cités dans le récit La flamme bleue de la Vengeance : il est anglais, du Devonshire, et à probablement commi quelques crimes dans sa jeunesse (il sous entend brièvement dans deux lignes de dialogue qu’il a été pirate). Hormis cela, Howard ne donne aucun autre indice sur le background de Kane. Il apparait dans son premier récit comme un vagabond vengeur, témoin des méfaits d’un redoutable bandit français, le Loup. Et dès le début, Kane fait preuve d’une obstination qui frôle le folie furieuse pour venger les victimes du Loup. Il se lance dans une traque de 4 ans qui le mènera jusqu’en Afrique, tout ça pour faire la peau d’un seul homme, et résultat, il en tuera un paquet d’autres sur sa route. Sa détermination est maladive, obsessionnelle, et il n’est pas rare pour Solomon Kane de se jeter dans un combat à 1 contre 10, ou de se jeter du haut d’une falaise, voir même de défier une armée entière, ou d’aller dans une cité infestée de vampires en pleine nuit … Ce type est fou à lier ! Il ne recule devant rien car il est persuadé d’être le bras armé de Dieu, d’être la vengeance des Justes contre les forces du Mal. Le seul objectif de son existence est d’errer sur la Terre est d’éradiquer les puissances obscures sous toutes ces formes, humaines comme démoniaques. Sa quête divine le pousse à combattre des sorciers, des squelettes, des vampires, des démons ailés, des tribus cannibales, des esprits maléfiques, des pirates … J’en passe et des meilleurs, il affronte encore plus d’horreurs que Conan, et contrairement au Cimmérien qui sait quand une situation est désespérée, Solomon Kane lui, fonce tête baissée.

D’ailleurs en comparant les deux personnages de Howard, on se rend compte qu’ils sont l’exact opposé. Kane est froid, taciturne, ne boit pas, ne fréquente pas de femmes, ne profite jamais des bonheurs terrestres sauf si le plan divin l’exige, alors que Conan brule la chandelle par les deux bouts et n’en à pas grand chose à faire des plans divins.

Maintenant, reste à savoir si Solomon Kane est réellement une arme divine, ou s’il est juste fou au point de risquer sa vie à travers le monde. Après avoir terminé l’intégrale de ses aventures, voila ce que j’en pense. Tout d’abord, il est décrit comme un puritain mais  fait preuve d’une grande ouverture d’esprit, ce n’est pas un Inquisiteur. Pour exemple, dans plusieurs récits, il est accompagné par N’Longa, un ami de longue date et un puissant sorcier Africain, versé dans le Vaudou et la Nécromancie, capable de faire voyager son esprits dans d’autre corps. Si Kane était vraiment puritain, il devrait tuer  N’Longa, pourtant ils sont copains comme cochon et le pire, c’est que la sorcellerie sauvera Kane un bon nombre de fois. Ensuite, Solomon Kane est un tueur né, il ne prend pas de plaisir à tuer mais il le fait sans hésiter, froidement, il est impitoyable. Ses armes de prédilection sont la rapière et deux pistolets à poudre noire, il est souvent décrit comme le meilleur bretteur d’Angleterre, voir du monde. Il ne se remet jamais en question, il n’hésite pas, même si souvent il sait qu’il peut perdre la vie, son fanatisme prend le dessus. Fanatique mais pas extrémiste pour autant, c’est un défenseur de la veuve et de l’orphelin, et il n’accorde aucun intérêt aux délits mineurs, ni aux débauchés. Et enfin, il lui arrive parfois d’être témoin de phénomènes occultes sans pour autant intervenir, comme par exemple de voir le squelette d’un défunt revenir à la vie pour se venger de son assassin.

Alors si l’on met tout ça bout à bout, oui, Kane est d’une certaine façon l’instrument de Dieu, dans le sens où il s’emploie corps et âme à détruire le Mal, à combattre le diable. Oui, il est protégé par quelque chose de plus grand que lui, sinon il serait mort une bonne centaine de fois. Mais, la sorcellerie lui sauve la vie plusieurs fois, et il lui arrive même d’en faire usage (un bâton ensorcelé qui lui permet de repousser une horde de vampire). Alors je me demande en fin de compte, si plutôt que d’être le bras armée de Dieu, Solomon Kane ne serait pas simplement un homme maudit condamné à être le témoin d’un monde pris dans la folie et déjà soumis au Mal. Le monde de Kane est sans espoirs, ce qui rend son obsession et son fanatisme légitime, voir presque naturel. Ce qui est sûr c’est qu’il n’est pas juste fou, à plusieurs reprise Howard sous-entend que Kane est « poussé par une voix intérieure » et au vu des prouesses qu’il accomplit, il est clair que quelqu’un veille sur lui. Amen !

Parlons un peu du livre en lui même, Solomon Kane : L’intégrale. Cette version éditée chez Bragelonne propose toutes les aventures de Solomon Kane retranscrites à partir des manuscrits originaux de Robert E. Howard et non les versions retaillées et censurées de Weird Tales, avec en plus les poèmes, et plusieurs textes inachevés et non publiés. Vous trouverez aussi deux appendices complets sur la genèse de Solomon Kane est sur le rapport entre Howard et son personnage. Petit plus, le livre est entièrement illustré ! Une vraie pépite pour découvrir ou redécouvrir les aventures épiques du puritain.

 

 

Et si nous parlions du film ? Oui c’est ça … Parlons un peu du film … Je ne suis pas critique cinéma, la seule chose qui m’intéresse c’est le respect de l’œuvre originale.

Réalisé par Michael J. Basset, avec l’excellent James Purefoy dans le rôle de Solomon Kane (oui, j’aime beaucoup James Purefoy), je dois avouer que je suis perplexe, à la fois ravi, mais aussi déçu, parce qu’il représente une certaine forme d’hérésie par rapport à l’œuvre de Robert E. Howard.

Commençons par le point noir. Howard s’est employé à ne pas donner de détails sur le passé de Solomon Kane, justement pour cultiver le mystère autour de son personnage. Eh bien le film balaie tout ça d’un grand revers pour venir se poser en background principal des histoires à venir. Ce qui est extrêmement prétentieux et audacieux, mais qui fait un sacré pied de nez à l’œuvre intégrale. Sauf que ce gros point noir va m’amener au point positif. Il relève le défis haut la main. Le réalisateur doit être un fan, il a basé son film sur des petits détails de lectures et des événements cultes qui pourraient amener Solomon Kane à devenir l’homme qu’il est dans les textes de Howard. Bien sûr le film prend quelques raccourcis mais dans l’ensemble il est vraiment respectueux de l’œuvre originale et c’est très plaisant à voir, de repérer ces petits détails fidèlement retranscris. Il y a un véritable effort de fait, et James Purefoy fait un bon Solomon Kane (peut être un peu petit).  Cela va de soi que dans tout les cas, le film ne vaudra jamais le Livre !

J’espère que cet article vous a plu, je retourne à mes écrits, à bientôt et d’ici là, bonne lecture. 😉

 

 

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Chaos créatif sans limites auteur des Chroniques de Pangréa. Passionné de l'imaginaire sous toutes ses formes, vétéran du joystick et nerd à temps pleins, j'ai choisi l'écriture comme moyen d'expression.

One Comment on “Solomon Kane : L’Intégrale

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