Quatre ombres incandescentes s’élevèrent sur les rochers autours d’elle, le reste du monde sombra dans l’obscurité tandis qu’un grondement terrifiant retentit, une colère ardente que rien ne pouvait apaiser.

La Légende d’Achéron & Archæ, partie trois

Salut les Rêveurs !

Me revoilà, déjà de retour avec comme promis un peu de lecture, la première partie de ma nouvelle La légende d’Achéron & Archæ ! Je n’en dis pas plus, j’espère que vous apprécierez, bonne lecture. 🙂

La Légende d’Achéron & d’Archae

Les Rivages de la Souffrance

L’Amour, quel étrange concept que l’Amour. Il est comme une corde tendue sous les pieds des hommes et des femmes, suspendu au-dessus du Bien et du Mal qu’il survole sans jamais les toucher. Il est comme le prédateur qui attend tapis dans le cœur des humains, le moment opportun pour frapper et les faire sombrer dans le bonheur ou la déchéance. Il est le seul sentiment capable d’engendrer la plus belle des créations ou de conjurer la pire des destructions. Car dans l’ombre de l’Amour, la Haine attend son avènement.

L’invaincu

Au balbutiement de la Création, quand les premiers hommes virent le jour, et avant que Rhéa ne sépare la Pangée, le monde vivait une ère de destruction guidée par la loi du plus fort. Les puissants soumettaient les faibles, l’ordre naturel suivait son court et la civilisation n’y avait pas sa place. Les Dieux, plus préoccupés par leur propre lutte pour le pouvoir que par leurs créations, laissèrent les vivants dans le chaos et l’ignorance, la Guerre sévissait partout où se trouvait la vie. Parmi tous les combattants assoiffés de sang et aveuglés par la victoire, il en existait un dont la cruauté était sans égale, un parangon de violence qui ne laissait que la ruine et la mort dans son sillage, un être qui à lui seul pouvait mettre une armée en déroute par sa simple présence, Achéron l’Invaincu. Nul ne savait d’où il venait, ni qui il était réellement, mais chacune de ses apparitions laissait derrière elle des monticules de cadavres. Il ne servait aucune armée, aucun souverain, il suivait les champs de bataille à travers le monde et rendait chaque combat plus horrible que le précédent. Peu étaient ceux qui pouvaient se vanter de l’avoir vu à l’œuvre, les rares témoignages le décrivaient comme l’ombre de la mort, drapé en noir de la tête aux pieds, une épée dans chaque main. Il abattait hommes, femmes et enfants d’une fureur impartiale avant de disparaitre, sans laisser d’autre trace de son passage qu’un tas de corps mutilés sans vie.

            A l’époque, le tyran Misquarris régnait sur toute la moitié Ouest du monde, ses armées réputées invincibles et sans merci éradiquaient systématiquement les villages qui refusaient de se soumettre, et pendaient les réfractaires avec leur propres intestins. Rien n’y personne ne pouvait s’opposer à la soif de domination de Misquarris, et lorsqu’il traversa le désert de Namseth il planifia tout naturellement la conquête de l’autre moitié du monde. Ses troupes s’engouffrèrent dans la vallée fertile du Dinka en un torrent de sauvagerie extrême, déversant meurtre, massacre et viol sur leur route. La nouvelle se répandit rapidement, villages, bourgades et tribus, fuyaient avant l’arrivée du tyran, n’hésitant pas à laisser derrière eux les biens de toute une vie. Certains entreprirent cependant une vaine résistance, comme ce fut le cas pour les habitants de Kitrine. Ils ne pouvaient se résoudre à abandonner leur terre et se préparèrent à la venue de Misquarris. Mais quand l’aube de la bataille arriva, les villageois comprirent la bêtise de leur entêtement en voyant la plaine se noircir d’un millier d’hommes ; un millier de soldats de métier contre quelques centaines de combattants formés sur le tas. Les défenses rudimentaires en bois de Kitrine cédèrent sous le premier assaut, la cavalerie s’engouffra dans la brèche et brisa la dernière ligne de défenseurs. Un véritable massacre s’en suivit, les villageois n’étaient pas de taille à lutter, ils se faisaient lâchement transpercer par les lances et broyer par les sabots alors qu’ils fuyaient. Misquarris ne s’attarda pas sur cette victoire dérisoire, il récupéra les trois-quarts de ses troupes pour poursuivre sa cruelle conquête et laissa les autres profiter de la mise à sac de Kitrine, c’était sa façon de récompenser son armée, avec des meurtres, des viols et des pillages.

            Les vainqueurs avaient rassemblés quelques captifs sur la placette du village, chacun profitait de son butin de guerre, la cruauté  humaine s’exprimait sans honte, le sang coulait tel le vin, les cadavres fleurissaient le paysage. Et au milieu des cris d’horreur, les rires des vainqueurs résonnaient d’une note terrifiante pour les vaincus, un destin peu enviable les attendait, ils en vinrent à souhaiter une fin rapide. Et sans le savoir, quelqu’un entendit leur dernière volonté. Des hurlements retentirent à l’autre bout du village, côté nord, bourreaux et captifs se figèrent, le fracas du métal résonna brièvement. Une dernière imploration se fit entendre avant de s’étouffer dans un gargouillis macabre.

             — Regroupez-vous bande de  misérables ! Il reste encore des rebelles dans le village ! beugla un guerrier de Misquarris.

            Sur la placette, entre les huttes aux toits de chaumes en flammes et les cadavres éventrés accrochés aux poteaux d’exécutions, les soldats du tyran formèrent un attroupement dénué de discipline, encore sous l’emprise de la rage de la bataille ils scrutaient les alentours, armes à la main et écume aux lèvres, prêts à se ruer comme des bêtes sauvages sur la première silhouette qui s’approcherait de leur butin fraichement conquit. Une série de hurlement à glacer le sang retentit de nouveau, mais venant de  l’entrée sud du village cette fois-ci, avant de s’éteindre au bout de quelques secondes. Une vague d’angoisse se propagea dans les rangs.

         — Vous croyez que c’est lui qui vient nous chercher ? murmura un soldat.

          — Fermez-là incapables ! Le premier qui dit son nom je l’étripe moi-même ! Ouvrez  l’œil, et surtout, pas de pitié, ordonna le plus grand et le plus fort d’entre tous.

            Varnak le Brutal, un colosse de deux mètres qui maniait la hache à deux mains comme personne, l’un des généraux les plus violent de Misquarris.  Il exhibait son torse nu couvert de cicatrices et arborait un faciès plus proche de l’animal que de l’homme. Il hurla sur les troupes pour les mettre en rang et envoya une escouade de dix hommes vers l’entrée sud. Un étrange silence s’écrasa sur Kitrine en attendant le retour des éclaireurs, même le vent s’était tu, le temps s’allongea et une peur irréelle s’installa, la peur de l’inconnu, la peur de voir certain mythe devenir réalité. Les éclaireurs ne revenaient pas, Varnak beuglait dans leur direction mais n’obtenait aucune réponse, sa patience s’émoussait sérieusement, sa hache le démangeait, un rien aurait suffi à le rendre fou furieux. Et ce rien fut un ricanement tout proche.

             — Qui ose rire ? Qui ?!

            Le ricanement se changeât en éclat de rire franc. Sur le banc des prisonniers, une jeune femme était hilare, en pleurait tant elle s’amusait, elle essayait bien de se calmer mais sitôt son regard se posait sur l’un de ses oppresseurs que son fou rire repartait de plus belle. Varnak complètement enragé fendit les rangs jusqu’à la prisonnière. Dans sa folie, il fracassa le crâne d’un captif d’un revers de hache. Face à cette brutalité gratuite la jeune femme explosa de rire une fois de plus. L’énorme main de Varnak empoigna les longs cheveux blancs de la prisonnière, et il la projeta à travers une clôture en bois. La malheureuse roula au sol, dans la terre, la poussière et le sang de ses amis, ce qui ne l’empêcha pas de rire, encore et encore. Elle marmonna dans son dialecte natal, son petit regard vairon transperça son bourreau.

             — C’est la mort qui te rend folle sale trainée ? Hurla Varnak en la soulevant de nouveau par les cheveux.

            La lèvre fendue, elle cracha au visage de son agresseur et dans un grand sourire, répondit simplement en pointant son doigt en direction d’une hutte en feu.

             — Achéron.

            Comme frappé par une apparition, Varnak lâcha la fille et se retourna brusquement, un frisson d’épouvante le fit tressaillir. Il fixa les flammes dansantes et distingua une silhouette noire au travers. Sans prendre le temps de la réflexion, le Brutal ordonna aux archers et frondeurs de tirer sur la cible. Une pluie de projectiles traversa les flammes et la silhouette s’écroula dans la ruelle. Un groupe de soldats se précipita vers la dépouille, ils restèrent dans le doute quand ils identifièrent sous le manteau noir l’un des leurs. Une ombre émergea soudainement de la hutte en flamme dans un bond meurtrier, une lames dans chaque main. Deux têtes sautèrent avant qu’elle ne pose un pied à terre, et les autres n’eurent pas le temps de réagir qu’un tournoiement tranchant sectionna leur gorge dans une effusion écarlate. L’Invaincu se tenait là, au milieu de cinq corps se vidant de leur sang, deux têtes à ses pieds, il défiait le reste des troupes de Varnak. Enveloppé dans des grands haillons noirs, les anneaux argentés d’une côte de maille étincelaient au travers, une grande écharpe rouge lui couvrait le visage jusqu’au nez à la manière des nomades du désert, et sa longue chevelure aussi noire que ses vêtements lui tombait sur les épaules. Les soldats n’osaient bouger, encore hébétés par la vitesse et la violence de l’apparition du tueur, lui les dévisageait un par un, une flamme sombre couvait au fond de son regard. Il tendit l’une de ses lames devant lui en guise de provocation, à double tranchants et légèrement incurvées, elles n’étaient pas de manufacture humaine, des veines rougeoyantes striaient le métal comme les coulées de lave sur le flan d’un volcan.  La pointe de l’épée scruta les guerriers apeurés avant de s’arrêter en direction de Varnak qui sembla soudainement revenir à lui sous la menace du fer incandescent.

             — Qu’est-ce que vous attendez ? Massacrez-le ! Il est seul contre deux cents ! Allez !

            Il poussa les soldats proches de lui pour les forcer à affronter l’Invaincu, dut menacer ses propres hommes pour les faire avancer. Un groupe de vingt soldats se décida à charger, un mélange de barbares brutaux en armure de cuir rudimentaire et d’infanterie légère équipée de plastrons et de lances. L’Invaincu les accueillis sans reculer d’un pas, ses lames s’abattirent avec vitesse et précision, il sectionna les fers de lances qui tentèrent de l’embrocher en frappant en haut des hampes avant de riposter.  Ses attaques visaient toujours juste, il ne se fatiguait pas dans de grandes démonstrations martiales, il était là pour tuer un maximum de personnes en un minimum de temps. Ni le métal, ni la chair, ni les os ne résistaient à ses épées, et sa prescience au combat lui donnait raison de tous les assauts adverses, son corps entier était un instrument de mort qu’il maniait à la perfection. Et plus il combattait, plus la peur s’installait dans le cœur de ses ennemis.

Entre angoisse et confusion, Varnak ordonna aux archers et frondeurs de tirer, peu importait si ses hommes étaient dans la ligne de tir. Un déluge de projectiles s’abattit en direction d’Achéron, mais rien ne l’atteignit, il esquiva les pierres, les bolas en métal, dévia les flèches du bout de la lame et avança d’un pas déterminé vers ses futures victimes. Une vague de terreur accompagnait chacun de ses pas, les troupes de Varnak cédèrent à une peur panique proche de la folie, certains s’ enrageaient et chargeait vers une mort certaine quand d’autres s’enfuyaient à toutes jambes en hurlant. Les cadavres continuaient de s’entasser autour de l’Invaincu tandis qu’il faisait chanter ses épées dans la chair de ses adversaires. Quelques captifs, les plus vaillants, parvinrent à se libérer et profitèrent du chaos pour s’échapper le plus loin possible de la démence qui s’était emparée du charmant village de Kitrine. La jeune femme aux longs cheveux blancs, quant à elle, continuait de jubiler debout au milieu du carnage, béate d’admiration devant la puissance d’Achéron. Dans la mêlée, son regard vairon se posa sur le faciès bestial de Varnak qui n’avait plus aucun contrôle sur ses troupes, il gesticulait vainement, braillait des ordres sans résultat. Elle se saisit d’un brise crâne en pierre sur le sol et s’approcha du Brutal par derrière, un sourire extatique aux lèvres. Son petit gabarit se faufila jusqu’au géant et tel un félin, elle se rua sur sa proie une fois à portée. Sa sauvagerie était impressionnante, si Varnak avait un visage d’animal, elle en avait la férocité primitive. Elle frappa par surprise de toutes ses forces et lui fracassa le genoux, le Brutal s’effondra en hurlant de douleur. Avant qu’il ne réagisse, la sauvage se retrouva à califourchon sur son torse, elle se déchaina, abattit son brise crane jusqu’à qu’elle soit incapable de reconnaitre les restes de la tête de Varnak. La dépouille du Brutal continua de tressaillir quelques secondes, puis la jeune femme quitta enfin son sourire et poussa un soupir d’apaisement. Le chaos semé par Achéron et la mort de leur général poussa les derniers soldats à fuirent, et rapidement, le silence retomba sur Kitrine, ponctué de râles d’agonie.

À suivre

Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.

Chaos créatif sans limites auteur des Chroniques de Pangréa. Passionné de l'imaginaire sous toutes ses formes, vétéran du joystick et nerd à temps pleins, j'ai choisi l'écriture comme moyen d'expression.

3 Comment on “La Légende d’Achéron & Archæ : Les Rivages de la Souffrance, Partie Une

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