Les humains exercent leur autorité comme une Hydre, chaque tête nourrissant un corps à l’appétit insatiable, l’Empire. Les gouverneurs sont les têtes, si nous les coupons … Le corps ne pourra plus se nourrir, l’Empire finira par mourir de faim.

Archæ – Le Plan d’Archæ – Partie Quatre

Salut les Rêveurs !

Prêts pour un peu de lecture ? Voici la deuxième partie de la Légende d’Achéron & Archæ ! Amusez-vous bien 😉

La Légende d’Achéron & Archæ

Les Rivages de la Souffrance

Le Jugement des Juges

            Où qu’il aille, l’Invaincu ne laissait pas de survivant, et Kitrine ne faisait pas exception à sa règle. Ainsi, après avoir mis en déroute la garnison chargée de la mise à sac du village et occis plus de cent cinquante soldats, il s’employa à achever les blessés, les mourants, et les captifs qui n’avaient pu s’échapper. Il n’y prenait aucun plaisir, se contentait d’être rapide, efficace, il abrégea froidement leur souffrance. Un soldat  de Misquarris dont le sort était scellé par une hémorragie eut le temps de lui poser une ultime question.

            — Qui … Qu’est-ce que tu es ?

            — L’avenir, répondit une voix grave étouffée sous l’écharpe rouge.

           La lame perfora le cœur du soldat avant qu’il n’ait le temps de comprendre la réponse, les yeux figés vers le ciel. Et Achéron continua son office macabre parmi les mourants, jusqu’à ce qu’il ne reste que la jeune femme aux longs cheveux blancs, assise à côté de la dépouille de Varnak. L’ombre de la mort plana au-dessus d’elle, la lame terrifiante de l’Invaincu la survola, prête à sceller son destin. Le tranchant siffla en s’abattant. Elle ne cria pas, ne pleura pas, n’implora pas ; et surtout, ne saigna pas. Elle le regardait toujours pleine d’admiration, la tête légèrement en arrière pour dégager sa gorge, un sourire candide sur les lèvres, son teint hâlé faisait ressortir sa chevelure immaculée. Achéron avait dévié sa frappe de quelques millimètres au dernier moment, le regard de cette femme le transperçait, un œil vert et un œil marron d’une intensité inouïe, il était incapable de s’en détourner, de bouger. Elle l’encouragea à terminer son œuvre, elle écarta les bras, dégagea davantage son cou et lui prononça ces paroles.

              — Ankherone naph’ty Aerkaie.

            L’Invaincu posa immédiatement le tranchant de son épée sur la gorge de l’inconsciente, sa voix grave résonna plus menaçante que jamais, il gronda comme un volcan.

             — Qui t’as soufflé ses mots ?

            Elle appuya son cou sur la lame, suffisamment pour se faire saigner, son sourire radieux ne la quittait pas, puis elle se décida à répondre dans un murmure teinté de folie.

              — Quand les Juges ordonnent, il faut obéir, fais-le ! Eux ne comprennent pas mais moi je comprends, je vois, j’entends, alors j’écoute.

            Contre toute attente, il rengaina ses armes et tourna les talons sans un mot, ses haillons noirs flottant dans les tourbillons de poussière.

             — Que fais-tu ? Tu ne peux pas partir tu n’as pas terminé ! cria la jeune femme de désespoir.

            Elle le rejoignit et commença à lui tourner autour, à l’examiner sous tous les angles, sa tête ondulait comme un serpent à l’affut, son sourire constant marquait ses fossettes et saillait ses pommettes, lui donnant en permanence des allures d’illuminée extatique, les nombreux bracelets à ses poignets cliquetaient lorsqu’elle agitait ses mains frénétiquement.

              — Non, non, non je sais que c’est toi, il ne peut y en avoir qu’un à la fois, tu dois le faire maintenant bourreau. Je ne te plais pas ? Veux-tu que je supplie ou que je pleure pour rendre ça plus crédible ? Je peux même ramper et me rouler par terre si c’est ce que tu désires.

             — Profites de ton sursis, cette purge ne concerne pas les mystiques, va prêcher tes insanités loin de moi, ce n’est pas dans ton intérêt de me suivre.

              — Tu me prends pour une mystique ? Ai-je la tête d’une marionnette qui obéit aux Dieux ? Ai-je l’air soumise au point de vénérer les faibles ? Non, non, non ! Je ne me courbe que devant les véritables maitres, seulement devant les Juges. Je sais qu’ils te parlent, je l’ai vu ! Comme je t’ai vu seul dans le noir avec les cadavres de ta femme et de tes fils ! Je t’ai vu revenir à la vie dans le grand temple aux colonnes ardentes et prêter serment devant les Juges en acceptant ces épées. Ton passé te hante mais la mort t’as été refusée pour une bonne raison, tu es celui qui doit effacer les erreurs, tu dois purifier ce monde de la souillure des Dieux, et moi je suis celle qui te montrera le bout du chemin. Regarde si tu ne me crois pas, regarde mon œil ! Il ne te rappelle pas quelqu’un ?

            Elle jeta ses cheveux en arrière et ouvrit grand son œil vert en sautillant devant lui pour le forcer à regarder. La main noire gantée d’Achéron l’empoigna par les joues pour l’immobiliser, et quand il plongea son regard sombre dans l’immensité verte qui s’offrait à lui, il fut happé, emporté dans un torrent de souvenirs douloureux, une marée de souffrance le submergea. La guerre, le sang et la mort se succédaient dans son esprit, des images si lointaines qu’elles lui semblaient appartenir à un autre, pourtant la peine était sienne. L’agonie l’étreignait, se déversait sur tout ce qu’il avait un jour aimé, sur cette femme au regard d’émeraude qui gisait sans vie dans ses bras et sur les enfants qu’ils eurent ensembles. Jusqu’à ce que la Mort le rejeta sur les rivages de cendre aux fleuves de feu, au cœur des tempêtes brulantes qui sculptaient les terres du Chaos. Dans les profondeurs, les Juges le convoquèrent et lui offrirent une chance de se venger, à conditions qu’il devienne leur bras armé, qu’il répare les égarements de la Création, afin que l’Ordre puisse renaitre du Chaos. Pour mener cette impossible quête à son terme, ils l’armèrent, l’entrainèrent, et l’élevèrent bien au-delà de sa simple condition d’humain. Ainsi naquit Achéron l’Invaincu.

           Dans le déluge de ses visions, une image plus nette que les autres le heurta, un souvenir inconsciemment oublié qui  refit surface, durant toutes ses années de préparation, caché dans l’ombre brulante des Juges, un regard hétérochrome l’épiait en permanence, un œil vert et un œil marron qui ne le quittaient jamais. Il parvint à retrouver ses esprits et se libéra du  regard envoutant de la jeune femme, il la poussa violemment par terre, enragé par toute la souffrance qui lui battait les tempes et le sang, il voulut lui faire sauter la tête, mais son bras fut incapable de terminer son geste, la lame sombre striée de rouge se posa une fois de plus sur la gorge qui s’offrait à lui.

            — Ce n’est pas grave, tu y arriveras le moment voulu, rassura la jeune femme, tu me crois maintenant ? Je sais, je sais, tu souffres depuis si longtemps, tu as toujours souffert bel Achéron, c’est horrible … Mais n’est-ce pas la vocation première des humains que de souffrir et de dispenser la souffrance ? Moi je t’aiderai à aller au bout de ton œuvre, j’allégerai ton fardeau, tu pourras tous les libérer, et quand enfin l’imperfection sera rayée du monde, les Juges nous libérerons à notre tour. Si il t’arrive de douter, de faiblir, alors regardes dans mon œil, plonge dans le regard d’Archæ, noies-toi dedans, tes soucis disparaitront. Ce monde renaitra plus fabuleux que jamais après notre passage !

           Achéron s’effondra lourdement à genoux, épuisé, abattu, les épaules voutées par le poids de la cotte de maille. Le volcan en lui ne grondait plus, la flamme noire dans son regard s’essoufflait, il demanda.

            — Est-ce que c’est vraiment toi ? J’ai l’impression que ton souvenir s’efface lentement de mon esprit, depuis combien de temps es-tu partie Archæ ? Depuis combien de temps est-ce que je combat ? Est-ce que tout ceci est … Réel ?

            — Depuis bien trop longtemps, mais je ne t’ai jamais vraiment quitté et je ne le ferai jamais. Quant à la réalité de ce monde je n’en sais rien, tout ce que je sais, c’est que notre peine est comme notre amour, éternelle.

            La belle Archæ aux cheveux immaculés tendit sa main halée pour l’aider à se relever, le soleil déclinant derrière elle l’habillait d’un halo de feu. Achéron l’accepta, et tous  deux s’en allèrent vers le prochain champ de bataille, à la poursuite des troupes de Misquarris, à la poursuite du destin de l’humanité.

À suivre …

Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.

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Chaos créatif sans limites auteur des Chroniques de Pangréa. Passionné de l'imaginaire sous toutes ses formes, vétéran du joystick et nerd à temps pleins, j'ai choisi l'écriture comme moyen d'expression.

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